LinkedIn sous la plume

Le jour où tout le monde a raison, et où personne ne s’entend

Entre un piratage à 6,3 milliards de dollars, des débats sur la fiscalité, l'IA et la classe politique, la journée LinkedIn a oscillé entre indignation morale et promesses de libération. La rédaction a tenté d'y voir clair, sans y parvenir tout à fait.

La journée commence par une réécriture. Pierre Jean Duvivier dit Sage dénonce ce qu'il nomme « la première opération de désinformation massive » : l'effacement, selon lui, du rôle des rois dans l'histoire de France au profit d'une République présentée comme le nec plus ultra des sociétés modernes, une injustice historique qui aurait servi une bourgeoisie désireuse de prendre la place des monarques. Il précise ne pas adhérer au culte de la personnalité monarchique, mais reconnaît aux rois une formation morale et intellectuelle à diriger, avant de fustiger « nos monarques républicains » récents, jugés « des pitres dangereux pour leur peuple ». Sur un autre registre, Vert, le média qui annonce la couleur, relaie une pétition auprès de l'Arcom et une formule sans nuance : « CNews n'est pas une chaîne d'information. C'est une machine de propagande. » Deux façons de dire que le récit des autres est toujours suspect.

Le récit, justement, se vend. Louis Dauvois raconte que Palantir, valorisée 500 milliards de dollars, avait la curieuse habitude d'offrir un manuel de théâtre à ses ingénieurs — l'anecdote dit beaucoup sur l'art de la mise en scène commerciale. Le Figaro, de son côté, relaie une analyse sur le trafic de drogue qui invite à ne pas s'arrêter à la surface répressive : « On ne se demande jamais pourquoi il y a des millions de consommateurs », et les politiques publiques, en restant à la surface, manqueraient l'essentiel. Pierre Jean Duvivier dit Sage, enfin, revient sur Proton, qui « joue déjà sur une fausse promesse » et répondrait sans difficulté à un mail de policier suisse, ce qui, selon lui, ne change pas grand-chose à la sécurité. Trois manières de rappeler que la promesse, commerciale ou politique, mérite d'être regardée de près.

Et puis il y a ceux qui préfèrent ne plus discuter. Pierre Jean Duvivier dit Sage pose une maxime : il faut se méfier de ceux qui veulent vous libérer « malgré vous », car personne ne vous libère sans vous présenter plus tard l'addition, souvent salée — vous êtes la seule personne capable de vous libérer vraiment. Charles-Edouard Leroy se réjouit que le mot d'ordre de ne plus débattre avec les racistes et les misogynes se généralise, rappelant qu'il fut jadis seul à le proposer. Hugo Clément, lui, pointe ce que les bateaux de croisière ont le droit de faire en pleine mer, un spectacle qui laisse songeur sur ce que la légalité autorise. Entre la libération individuelle, l'exclusion assumée de l'autre et la pollution légale, la journée hésite sur la bonne manière de trancher.

Les valorisations, elles, continuent de faire rêver. Stéphane Bergstrasser évoque « une nouvelle d'ailleurs » sur l'IA, entre bulle et révolution, dans un texte dont la promesse de valorisations 2026 suffit à résumer l'ambivalence. Pierre Jean Duvivier dit Sage s'en prend à « l'idéologie mortifère de la gauche » reprise selon lui par la droite, et voit dans la fiscalité, droits de succession en tête, « la première cause de notre déclin » : les impôts, écrit-il, ne sont souvent qu'une forme de racket, puisque personne ne vous a consulté sur leur usage. Il complète le tableau en s'interrogeant sur la fabrique des émeutiers : s'appuyant sur les travaux de Reicher et Stott, il soutient qu'une force injuste soude une foule hétérogène contre l'autorité, que la nasse transforme la peur en colère et que l'équité, à l'inverse, isole les fauteurs de troubles. La fiscalité et la police, deux façons de parler de la même défiance.

Le pouvoir, encore. Pierre Jean Duvivier dit Sage relaie Dominique de Villepin, dont il regrette le contraste entre l'éloquence et l'action gouvernementale, mais à qui il accorde un point : si le RN gagne, ce sera « une guerre civile froide », car une grande partie de la population ne se rangera jamais derrière « les affreux, sales, bêtes et méchants ». Il ajoute qu'il n'y a « rien à discuter avec le RN. RIEN. » Le même auteur ironise sur la ressortie du placard d'une option BCE-FMI après l'option Attal, estimant que « l'extrême centre est sorti d'affaire » et que voilà de quoi « battre Le Pen ». Enfin, il se déclare « 100 % d'accord avec Gattaz » : les professionnels de la politique « ne servent à rien », et il plaide pour en finir avec une classe de nomenklatura et d'apparatchiks dont la seule expérience serait la distribution de tracts.

La campagne de 2027 se dessine en creux. Loïc Gibou lance un « Coup de tonnerre ! » dont l'intitulé, entre Suisse, F-35 et corruption, promet une actualité géopolitique chargée. Jean-Louis Borloo, lui, prévient : « On ne va pas faire The Voice 2027 ! », manière de refuser la primaire-spectacle au profit d'un diagnostic politique. Pierre Jean Duvivier dit Sage, enfin, accuse le RN d'obstruction systématique à l'Assemblée sur la protection de l'enfance, affirmant que le groupe préférerait voir un enfant violé expulsé plutôt que soigné et protégé, et renvoyant ses adversaires à une morale « des brutes et des fonds de poubelle de l'humanité ». La campagne n'a pas commencé que les mots sont déjà lourds.

La même journée, le même auteur prolonge l'attaque sur le terrain des droits. Il écrit que « pour Aurore Bergé, une femme sans papiers n'est plus une femme », une chose que l'on pourrait tabasser puisque le plus important serait son expulsion. Puis il cite Villepin pour appeler à « faire dérailler le train fou de l'Histoire », tout en concédant que l'ancien Premier ministre fut plus flamboyant dans ses discours que dans son action. Enfin, il raille la ressortie d'une figure du sérail économique, entre BCE et FMI, comme si l'extrême centre puisait dans le placard ses solutions de rechange. Trois publications, une même cible : la manière dont le pouvoir désigne qui mérite d'être protégé.

Côté machines, le piratage présumé de Binance domine. Fayssal M. résume l'affaire en une ligne : « 6,3 MILLIARDS de dollars. Un ordinateur compromis. » Grégory Raymond parle du plus gros piratage de l'histoire des cryptos et évoque un lien avec la Corée du Nord. Nicolas Mariotte rappelle que la première plateforme mondiale d'échange aurait vu 6,3 milliards de dollars d'actifs numériques détournés le 29 octobre. Trois posts, un même vertige : la sécurité d'une place financière mondiale tenue, semble-t-il, par un poste de travail.

Rufun Djoko ajoute la pièce qui fait mal : tout était « minutieusement orchestré », et juste après l'attaque, les hackers ont ouvert d'importantes positions short sur le bitcoin — le crime, puis la spéculation sur le crime. Romain Mielcarek, de son côté, relaie une information de Blast selon laquelle Vincent Bolloré aurait versé plusieurs dizaines de milliers d'euros depuis ses comptes personnels à Xenia Fedorova pour l'aider à créer une agence de presse. Deux histoires de capitaux qui circulent, l'une en cryptomonnaies, l'autre en influence médiatique, avec la même question en filigrane : qui profite de l'information ?

Christophe Boutry présente Bitchat, messagerie anti-censure et anti-blocage qui fonctionne sans internet, avec un argumentaire de survie : « Le jour où l'État décidera de couper les moyens de communications, vous serez prêts. » Pierre Jean Duvivier dit Sage, lui, détaille ses trois produits internes — gestionnaire de mots de passe, plugin Chrome d'alerte DGCCRF et veille technologique et politique — et franchit le pas en rendant publique sa veille LinkedIn, construite à partir des publications de ses presque 32 000 abonnés, avec inscription gratuite à la newsletter et possibilité de demander une exclusion. Linas Beliūnas, enfin, s'amuse d'un post qui résumerait parfaitement « à quoi ressemble le fait de gagner de l'argent dans la tech en 2026 ». Entre la messagerie de la débrouille et la veille monétisée, la souveraineté numérique se décline en produits.

La journée se referme sur deux promesses technologiques. Déborah Cerli-Cantarutti ironise : pendant que LinkedIn s'affole avec l'IA, ChatGPT lui ramène des clients, et elle évoque son rapport à la dyslexie en tant qu'entrepreneure. Rémy Bourgeois signale que les designers de Revolut quittent Figma, un mouvement qui dit quelque chose de la recomposition des outils de design à l'heure de l'IA. Abdallah Benmansour, enfin, cite le patron de Reddit : « Le mode IA n'apporte pas de trafic. Ni à nous, ni à personne, à ma connaissance » — une phrase qui a fait chuter l'action de plus de 25 %. Le même jour, l'IA fait gagner des clients à l'une, vide Figma de ses designers chez l'autre et coûte un quart de capitalisation à un troisième. Tout le monde a raison, et personne ne s'entend.

Les plumes de cette édition

Les plumes et les voix croisées dans cette édition :

Synthèse éditoriale produite avec l’assistance de DeepSeek à partir des publications listées ci-dessus.

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