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Le focus, la franchise et le bracelet : journée des contradictions

Une journée où l'on parle d'alliances européennes et de métacognition, de transparence citoyenne et de connivences policières, pendant que l'IA brouille le focus, la réputation et le code.

La journée commence par une géographie de la vertu : Chloé Ridel relaie au Parlement européen le mot du premier ministre canadien Mark Carney, qui présente le Canada comme « le pays le plus européen des pays non européens » et tourne d'abord son regard vers l'Europe pour bâtir un monde meilleur. Beau programme, à condition de ne pas demander qui paie les travaux. Car au même moment, François Vanhille rapporte que l'association Transparence Citoyenne a lancé une pétition pour réclamer à Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale, et à Gérard Larcher, président du Sénat, la communication des justificatifs de frais de mandat des députés et sénateurs. L'Europe des grandes intentions d'un côté, les notes de frais de l'autre : le monde meilleur commence décidément par des reçus.

Sur ce chapitre de la transparence, Bon Pote annonce en exclusif que ses documents prouvent une connivence entre des policiers et des milices privées à Nice lors des manifestations du 24 octobre. Le maintien de l'ordre, cette discipline où l'on finit par ne plus très bien distinguer qui protège qui.

La pensée, elle, cherche ses fondations. Alain Bloch signale la parution de « La longue histoire de la pensée managériale » aux Éditions Hermann, écrit avec Sandra Charreire Petit de l'Université Paris-Saclay et Bernard Ramanantsoa, directeur général honoraire : utile rappel que le management a une histoire, et donc des précédents. Wali Abdsamad – Ph.D pose de son côté que la métacognition est la forme la plus élevée d'intelligence, ce qui, appliqué au management, laisse espérer qu'on finisse par réfléchir à sa propre manière de réfléchir. Et Dr. Iliya Sarsembaev complique la question du pouvoir au Kremlin : Poutine, bien sûr, mais s'agit-il d'un « Poutine collectif » ou d'un pouvoir « exercé en solitaire » par le président ? La nuance a du mérite dans un domaine où l'on préfère d'ordinaire les certitudes.

Pierre Jean Duvivier dit Sage, justement, plaide pour qu'on écoute les Russes, qui sont francs : il reproche à une partie des intellectuels, journalistes et « experts » occidentaux d'aborder la Russie avec condescendance et mépris, réflexe postcolonial d'un Occident persuadé de sa supériorité et de la protection éternelle de son système. Il raconte avoir aimé l'Est de l'Europe, Ukraine et Russie comprises, pour la manière directe qu'il y a rencontrée d'exprimer ce qu'on pense, sans se tortiller, et note que les élites russes au pouvoir depuis plus de vingt ans disent clairement ce qu'elles veulent faire. Puis il change de cible : le « syndrome RN » qu'il prête à Kevin T., le terroriste de Trappes, cette obsession de reporter ses peurs sur des cibles faciles, avec une comparaison peu amène entre l'espoir d'un électeur du RN et celui d'un migrant qui risque sa vie en Méditerranée. Enfin, en temps de disette budgétaire, il propose rien de moins que la suppression des subventions aux partis, des députés, des sénateurs, des avantages des politiciens à effet rétroactif, des retraites à vie ministérielles, avec partis taxés comme des entreprises et, à la place, une assemblée des maires puis un tirage au sort citoyen. Le programme tient en une phrase, ce qui est déjà une performance.

L'IA, elle, promet de tout simplifier et complique tout. Gilles Babinet observe une très forte croissance de la demande de tokens qui ne vient plus des grandes entreprises frontières, nouvelles architectures et orchestrateurs à la barre. Julien Mutzenhardt relaie la prouesse de Gregory Kurtzer, fondateur de CentOS et Rocky Linux, qui aurait écrit un noyau compatible Linux en Rust grâce à l'IA en seulement 11 jours. Et Patrick Leblond s'inquiète de l'opacité d'un système comme Pangram, espérant que les machines n'auront jamais le pouvoir de nous passer les menottes ou de nous condamner, tout en constatant que le tribunal du grand public semble déjà rendre ses verdicts sur la réputation.

La réputation, justement, se travaille aussi en coulisses. Patrick Leblond met en garde contre l'opacité de Pangram et le tribunal du grand public déjà à l'œuvre ; Dominique Boullier donne raison à Laurence Devillers, qui détecte une stratégie marketing dans l'attitude d'OpenAI voulant associer des chercheurs à la publication finale de nouveaux problèmes en mathématiques, physique et informatique ; et Samy DJEMAOUN raconte comment un colloque raciste et xénophobe a été annulé, l'audience de son référé-liberté ayant suffi. Trois manières de dire que la légitimité se construit, se conteste et parfois se retire.

Le code, lui, a ses nostalgies et ses vertus. Benoit Rottembourg pose une question qui devrait figurer sur tous les écrans : faites-vous trop confiance à ChatGPT, avec en arrière-plan la sycophancy et une affaire de mort et d'épilepsie. Julien Mutzenhardt rappelle que le code d'Apollo 11 est open source et rempli de pépites, ce qui relativise quelques contemporaines audaces. Et Vincent Levorato remonte à 1961, quand on triait des résumés d'articles d'informatique avec Naive Bayes : la classification de texte n'a pas attendu les modèles géants pour rendre service.

Les machines, elles, ne se contentent plus de classer. Jean-Pierre Steinhöfer exhume un épisode de 1939, quand le gouvernement républicain avait commencé à interdire des sections de la CGT parce que les communistes y étaient trop favorables aux nazis, rappelant que la question de Thomas Portes n'est pas née d'hier. Mouphid Melaeck HOUNNOU présente CL1 de Cortical Labs, un ordinateur faisant fonctionner 200 000 neurones humains vivants, cellules nerveuses cultivées en laboratoire associées à une puce. Et The Algorithm AI signale que l'IA de Google peut désormais créer des mondes entiers dans lesquels entrer, avec Genie 4 de DeepMind. Le vivant dans la machine, les mondes dans l'écran : on hésite entre le vertige et la sieste.

Le dessin, lui, garde la mesure. Stan Guadagnin constate que même Poudlard n'a pas survécu à l'inflation : le banquet magique de 2001 est devenu un plateau de cantine avec une banane. La magie a un indice des prix, désormais.

Côté sécurité, la journée a des airs de série. Julien Mutzenhardt signale une cyberattaque majeure contraignant le fisc belge à couper ses services en ligne ; Pierre Jean Duvivier dit Sage rapporte que Binance a été piratée, avec 3 milliards de dollars « envolés » et 2 milliards « gelés », la communication restant lapidaire ; et Warren Grange présente une alternative gratuite et open source à ElevenLabs, du nom de VoiceStudio. Les fuites, les gels et les alternatives : le numérique a trouvé son triptyque.

Reste la politique française, qui mérite son propre chapitre. Pierre Jean Duvivier dit Sage signe une « Danse des Malfrats » où l'extrême centre et l'extrême droite partagent une certaine familiarité avec le bracelet électronique, la gauche n'étant pas en reste : il rappelle que Marine Le Pen a été condamnée en première instance et qu'Édouard Philippe bénéficie de la présomption d'innocence, une condamnation et des soupçons n'étant pas la même chose. Il plaide pour une opération « mains propres », contre une classe politique professionnalisée à l'extrême, et prévient que 2027 risque d'être une élection « pour rien » ou une accélération de la descente. Marc-André Del Pedro, lui, règle ses comptes avec les restauroutes suisses : des prix de luxe pour un service de cantine. La restauration rapide et la politique professionnelle ont au moins un point commun : on y paie cher ce qui semble servi sans égards.

La journée commence par une prouesse que Julien Mutzenhardt rapporte avec l'enthousiasme qu'on devine : Gregory Kurtzer, fondateur de CentOS et de Rocky Linux, aurait obtenu en seulement onze jours un noyau compatible Linux écrit en Rust grâce à l'IA. Onze jours, c'est à peu près le temps qu'il faut à une équipe pour se mettre d'accord sur le nom d'une variable, alors l'exploit mérite d'être signalé — et sans doute vérifié, tant la frontière entre assistance et génération mérite d'être regardée de près. Le même Julien Mutzenhardt enchaîne avec un autre vertige temporel : le code d'Apollo 11 est open source et, selon son titre, rempli de pépites. Entre un noyau né en onze jours et une pile logicielle qui a posé des hommes sur la Lune, la comparaison des échelles fait sourire, mais elle rappelle que l'ouverture du code est un continuum, du module de guidage aux dépôts d'aujourd'hui. La boucle se referme avec Warren Grange, qui signale la création d'une alternative à ElevenLabs, gratuite et open source : après le système d'exploitation et le spatial, la voix synthétique rejoint à son tour le domaine commun. Reste à savoir si la gratuité annoncée tient devant les coûts de calcul, question que le titre de Warren Grange laisse ouverte et que la prudence invite à ne pas trancher à sa place.

Les plumes de cette édition

Les plumes et les voix croisées dans cette édition :

Synthèse éditoriale produite avec l’assistance de DeepSeek à partir des publications listées ci-dessus.

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