Repartage — contenu de Baptiste Chevassut 🐐
100 euros.
C'est ce qu'un tribunal de Munich a accordé en janvier 2022 à un internaute.
Son préjudice : un site avait transmis son adresse IP à Google. Pour afficher une police d'écriture.
Je m'explique.
Quand un site charge Google Fonts depuis les serveurs de Google, le navigateur de chaque visiteur contacte Google. Avec son IP. Avant même que le bandeau cookies s'affiche.
En Allemagne, ce jugement a lancé une industrie.
Un avocat et son client envoient des milliers de lettres à des propriétaires de sites.
Le message : notre client a visité votre site, son IP est partie chez Google, payez 170 euros et on oublie le procès.
Environ 2 000 ont payé.
Sauf que ces visites n’étaient pas réelles. Selon le parquet de Berlin, un logiciel repérait les sites qui utilisaient Google Fonts, un autre y simulait des visites. Le préjudice était fabriqué sur mesure.
Décembre 2022 : perquisitions, 346 000 euros saisis, soupçons d’escroquerie et d’extorsion.
Alors j'ai regardé chez nous.
193 entreprises romandes tirées au hasard dans Wikidata. Une visite de la page d'accueil, aucun clic.
Sur les 152 sites qui ont répondu, 61 envoient l'IP du visiteur à Google dès l'arrivée. Environ 4 sur 10.
Sur WordPress : 37 sur 67. Plus de la moitié.
Et lire le code source ne suffit pas. 6 de ces sites injectent la police en JavaScript, invisible dans le HTML. Seules les requêtes réellement envoyées comptent.
Puis j'ai testé ceux qui écrivent les règles.
Le PFPDT, les cantons de Genève, Vaud, Valais et Jura : rien ne part chez Google.
Jusqu'à…. Privatim, la conférence des préposés suisses à la protection des données : deux polices chargées chez Google, sans bandeau.
Juste au-dessus, leur aide-mémoire sur les risques du Cloud. 😅
Leur déclaration annonce d'ailleurs une refonte du site. Ça arrive aux meilleurs.
Faut-il paniquer ? Non.
La Suisse n'est pas l'Allemagne. La nLPD n'exige pas de base légale pour chaque traitement.
Depuis septembre 2024, les États-Unis sont reconnus adéquats pour les entreprises certifiées, et Google l'est. À ma connaissance, aucun tribunal suisse ne s'est prononcé sur Google Fonts.
Sauf que la loi demande quand même une chose : dire à vos visiteurs quand leurs données partent à l'étranger, et vers quel pays.
Combien de déclarations de confidentialité parlent de leurs polices ?
La correction, elle, prend dix minutes : héberger les polices sur votre propre serveur. Même rendu, une dépendance de moins. (C'est dans notre checklist aussi 😁)
En Suisse, personne ne vous réclamera 100 CHF pour ça.
Mais cela étant dit, cela ouvre le débat. 👇
Sources LinkedIn
- Profil : Pierre Jean Duvivier dit Sage (LinkedIn)
- Auteur partagé : Baptiste Chevassut 🐐 (LinkedIn)

Laisser un commentaire