La condescendance en politique : quand le mépris se prend pour de l'intelligence.
La condescendance est l'un des vices les plus dangereux en politique, parce qu'elle possède cette particularité de se faire passer pour une vertu : celui qui méprise est presque toujours convaincu de le faire au nom de son intelligence, de sa culture ou de sa supériorité morale.
Il ne se considère pas comme arrogant. Il se considère comme éclairé.
Chez Platon, dans La République, ceux qui savent devraient gouverner ceux qui ne savent pas. Mais cette conception porte un risque : confondre la connaissance avec un droit naturel à la domination.
Tocqueville dénonçait le danger d'un pouvoir tutélaire maintenant les citoyens dans une forme d'enfance politique.
On ne débat plus avec eux, on leur explique pourquoi ils ont tort.
Nietzsche nous offre une autre lecture : le mépris n'est pas nécessairement la manifestation d'une supériorité intellectuelle, mais parfois celle d'une incapacité à supporter la contradiction.
Plus un responsable politique est convaincu de sa propre intelligence, moins il ressent le besoin de la confronter à celle des autres.
Or la démocratie repose sur l'idée inverse.
Elle ne suppose pas que tous les citoyens possèdent les mêmes connaissances, mais qu'aucune différence de compétence ne donne le droit de confisquer la parole des autres.
Hannah Arendt rappelait que la politique naît de la pluralité humaine, pas de la soumission à une vérité unique.
La condescendance détruit cette pluralité en transformant le désaccord en déficience intellectuelle.
Celui qui ne pense pas comme moi n'a plus une autre expérience du monde : il n'a simplement « rien compris ».
Et les conséquences sont redoutables.
Les citoyens cessent de chercher à convaincre ceux qui les gouvernent. Ils cherchent à les humilier en retour.
Le vote devient une vengeance. La colère remplace l'argumentation.
Les démagogues découvrent alors un formidable marché électoral : celui de tous ceux qui ne demandent plus à être représentés, mais à voir tomber ceux qui les ont méprisés.
La condescendance des élites nourrit ainsi le populisme qu'elles prétendent combattre.
Cela ne signifie pas que toutes les opinions se valent ou que l'ignorance serait une vertu.
Cela signifie simplement qu'avoir raison ne dispense jamais de respecter celui qui a tort.
La démocratie n'est pas un concours d'intelligence.
Et la véritable intelligence politique commence peut-être lorsqu'on comprend qu'on peut être plus compétent que quelqu'un sans lui être supérieur en tant qu'être humain.
Le contraire porte un nom : le mépris.
Et le mépris, lorsqu'il devient une méthode de gouvernement, finit par fabriquer les conditions de sa propre chute.
Sources LinkedIn
- Profil : Pierre Jean Duvivier dit Sage (LinkedIn)

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