Repartage — contenu de Josquin Salata
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Point d'étape sur un truc qui me tient à cœur : les biais d'interprétation dans l'histoire de l'URSS. Question émotionnelle, ultra-politisée, et probablement mon biais personnel après deux mémoires dessus. Ça marque, un type.
Le problème n'est pas dans les faits, mais dans le sens qu'on leur donne. L'évacuation “pour trois jours” de Pripiat, présentée comme mensonge conscient d'un pouvoir qui s'en fiche ? Pas du tout évident que les autorités savaient ce qu'elles faisaient à ce moment-là. C'était assez conforme aux plans de défense civile de l'époque, en fait. Cela n'efface ni la rétention d'information ni les mensonges, bien réels. Juste : “ils savaient tout et ils ont menti” est un présupposé, pas une réalité démontrable. Et les gouvernements mentent assez régulièrement sans avoir besoin d'une omniscience pour ça. Je veux dire, l'omniscience, c'est un travail en plus.
Getty résumait les conceptions de l'histoire de l'URSS en trois familles. Première : l'État était omniscient, omnipotent, et c'était pour le mal. Deuxième : l'État était omniscient, omnipotent, et c'était pour le bien. Le truc rigolo, c'est que une et deux, c'est le même modèle. Kremlinologues et zélateurs de l'URSS sont d'accord sur absolument tout, sauf sur s'il faut applaudir ou vomir. La troisième famille regarde juste ce que la société soviétique était réellement : ultra-chaotique, administration incompétente, direction qui crie dans le désert. Et puis il y a Grover Furr, qui fait de Iejov une espèce de conspirateur bureaucratique visant à abattre Staline, parce que “extorquer des aveux, ça veut dire faire avouer, pas les inventer, donc c'est vrai”. Je caricature même pas.
Pour moi, le totalitarisme a une valeur heuristique très très faible : il explique tout, donc il n'explique absolument rien. Tout devient action délibérée d'un gouvernement omniscient. Les cent fleurs, le grand tournant, la Grande Terreur : jamais des réactions brusquées et paniquées d'un pouvoir qui ne sait pas ce qui l'entoure et qui donne de grands coups de volant dont personne ne maîtrise les conséquences. Je ne renie pas les volontés totalisantes, elles ont existé. Ce que je conteste, c'est qu'elles aient abouti. C'est tout le glissement de “ils ont voulu” vers “ils ont pu”, jamais démontré, toujours présupposé. Et contester la réussite du projet n'est ni l'excuser, ni le minimiser.
Pour Tchernobyl, c'est encore plus flagrant. Le KGB de 1986 est redoutable, mais c'est une force de statu quo : censure, surveillance, remontée d'info. Pas d'endoctrinement de masse des liquidateurs et le vrai levier de mobilisation, c'est le salaire.
Refuser de donner à une intention ce que les archives refusent de lui accorder n'est pas de la complaisance, mais bien uniquement un attachement à aborder les événements dans leur complexité et leur caractère contradictoire.
Sources LinkedIn
- Profil : Pierre Jean Duvivier dit Sage (LinkedIn)
- Auteur partagé : Josquin Salata (LinkedIn)

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